Qu’est-ce que la Résilience ?

Alors que la résilience s’affiche comme un mot tendance, sa signification et son application dans le contexte des démocraties occidentales imposent des nuances utiles à définir. Telle était justement l’une des ambitions du colloque organisé le 26 septembre 2018 par la Réserve citoyenne d’Ile-de-France, sous le haut patronage du Gouverneur militaire de Paris, le général de corps d’armée Bruno Le Ray, et auquel ont participé Frédéric Pechenard, François Molins, la député Séverine Gipson, le sénateur Joël Guerriau et le préfet François Ravier notamment.

De façon générale, il s’agissait de faire un état des lieux de la résilience française et d’identifier des pistes destinées à mobiliser à la fois les institutions et les citoyens face à cet enjeu dont chacun s’accorde à dire qu’il est devenu crucial.

Qu’est-ce que la résilience ?

Employée en psychologie pour témoigner de la résistance ou de la vulnérabilité des individus face à des situations traumatiques, la résilience est présentée comme un concept qui s’applique à l’entreprise, à la collectivité, au couple, à la famille, etc.

Appliquée à l’individu ou au groupe, la résilience met en question la capacité de faire face à « l’effet de sidération » qui suit un choc, à surmonter des difficultés, à revenir à son état normal en dépit d’évènements douloureux ou violents.

Au niveau d’une Nation, le concept concerne les temps de crises, et les cas de catastrophe naturelle, d’accident majeur, de guerres et d’attentats terroristes notamment. Il s’agit d’un terme positif qui témoigne de l’aptitude à se relever sans avoir remis en cause ses valeurs et les principes fondamentaux qui le structure et l’anime.

A la suite des attentats terroristes de 2015, la réaction des Français a été qualifiée de résiliente. D’abord, en raison du sursaut de la population, qui s’est largement mobilisée. Et ensuite, surtout, parce que les terroristes ne sont parvenus ni à dresser les Français les uns contre les autres, ni à provoquer une guerre civile.

Mais la résilience d’une société ne saurait reposer sur la seule capacité des individus à faire face à l’adversité. De façon schématique, la résilience d’une nation s’articule et se construit autour de quatre axes :

– le cadre légal qui permet d’affronter les situations de crise grave sans recourir aux méthodes illégales ;

– le projet de société qui fédère les citoyens et qui forge le sentiment d’appartenance et le désir de faire front commun ;

– la « mise en scène » des symboles communs ;

– la confiance de la population envers l’autorité politique et ses représentants.

Ainsi, la résilience n’est pas un trait de caractère inné : elle est le fruit d’une patiente construction sociale, inscrite dans le temps long. Elle renvoie également au concept d’universalité. De tout temps et en tout lieu, seuls les groupes et les nations qui ont su exprimer la volonté de surmonter les épreuves de l’Histoire sont encore parmi nous. Cette détermination s’exprime, ou s’est exprimée, à des degrés différents, selon la nature des menaces et le contexte historique.

En France, de nos jours, la diversité des menaces et leur inscription dans le temps long du siècle imposent un changement de posture : l’Etat, seul, ne peut plus tout assumer. Le citoyen doit désormais s’impliquer dans sa propre sécurité. Car le fait de ne pas basculer soit dans la panique soit dans la haine lorsqu’un événement tragique se produit ne constitue pas une preuve de résilience. Le risque, ou la facilité, étant de confondre l’indifférence, ou la passivité, avec la résilience. En effet, cette dernière qualité suppose une action, une démarche volontaire.

L’esprit de défense au service de la résilience de la Nation

L’esprit de défense n’implique pas la formation des citoyens, dans leur grande majorité, aux techniques militaires de défense. L’objectif n’est pas qu’ils soient en mesure de se servir d’une arme à feu ou de neutraliser un assaillant. L’Esprit de défense vise à préparer les citoyens, dans une perspective de meilleure résilience individuelle et collective, à mieux faire face à l’adversité et ses imprévus. D’abord à chaud, en réagissant « vite et bien » lorsqu’un choc se produit, pour surmonter l’effet de sidération. Puis, dans un deuxième temps, pour ne pas se laisser entraîner dans des formes de réactions inappropriées, ou sombrer dans l’abattement.  

C’est là que les réserves citoyennes peuvent apporter une contribution très utile. D’ailleurs, après les attentats de 2015, le nombre de candidatures effectuées auprès des réserves de la gendarmerie, de la police, ou encore de l’éducation nationale, a explosé.  

Leur premier atout repose sur l’important réseau qu’elles constituent sur tout le territoire, et leur très large éventail de compétences qui mériteraient d’être mieux mobilisées. Par exemple, dans la cyber-sécurité, la remontée d’informations, ou encore la formation des populations et la sensibilisation aux risques, y compris naturels. Par leur intermédiaire, il est aussi possible de contribuer à amener les populations à prendre conscience du rôle qu’elles peuvent jouer dans la prévention des menaces.

Afin d’éclairer ce défi de mobilisation des citoyens vers une plus grande résilience, le colloque du 26 septembre a mis en lumière deux expériences différentes et complémentaires : celle de la Suisse, présentée par Jean-Marc Halter, général de division et attaché de défense auprès de l’ambassade de Suisse en France ; et celle du Sénégal, présentée par Niang Papa Khaly, directeur général de l’Agence d’assistance à la sécurité du Sénégal.

  • La Suisse fait partie des pays dans lesquels esprit de défense et résilience sont étroitement liés. Outre le système de milice organisée, le service militaire obligatoire (uniquement pour les hommes) et la réserve opérationnelle, la Suisse propose à ses concitoyens des entrainements réguliers de mise en situation destinés à les préparer aux menaces sécuritaires ; ils disposent aussi d’un système d’information et d’alerte en temps réel de la population.
  • Partant du constat que la gestion centralisée de la sécurité a éloigné le citoyen des problématiques de sécurité du quotidien, le Sénégal a mis sur pied un vaste réseau organisé d’assistants à la citoyenneté de proximité (ASP) composé de volontaires. Ces citoyens acteurs de la sécurité ont fait nettement diminuer la délinquance et permis la remontée d’informations utiles (notamment face à la montée de l’islamisme radical).

Ces exemples témoignent de la diversité des méthodes employées par des pays de tradition démocratique pour renforcer la résilience et impliquer les citoyens.

Concernant la France, le partage de l’esprit de défense auprès du plus grand nombre n’en est qu’à ses balbutiements. A l’évidence, les différentes formes de réserves citoyennes, par le maillage de leur réseau, leur formation et leur proximité de terrain, et pour peu qu’elles soient de plus en plus nombreuses, pourront aider l’État à :

– rétablir des liens de confiance entre les citoyens et les institutions politiques ;

– combattre les replis communautaires qui se développent encore ;

– lutter contre l’incivisme qui reste la première cause d’insécurité pour les Français[1].

Nous le voyons bien, même s’il y a urgence, le chemin à parcourir pour amener la résilience de la nation française à son meilleur niveau sera long. Il passera bien sûr par l’école de la République, et il suppose que le pouvoir politique favorise sans plus tarder l’engagement massif des citoyens.

Source : article revue Engagement de l’ASAF – décembre 2018


[1] Sondage Ifop pour Synopia d’avril 2017

Démarche et création de l’association Résilience citoyenne

Création en 2018, par et pour les citoyens, de l’association Résilience citoyenne. Son but est d’expérimenter de nouvelles formes de réflexions et d’actions pouvant contribuer à la résilience nationale.

contact@resilience-citoyenne.fr

Expérience « Résilience citoyenne COVID-19»

L’appel du président de la République du 16 mars 2020 demandant à «tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français, de s’inscrire dans cette union nationale qui a permis à notre pays de surmonter tant de crises par le passé» a été entendu par nombre de nos concitoyens.

L’association «Résilience citoyenne» a servi de passeur entre cet appel et le terrain. Ainsi, de mars 2020 à mars 2021, elle a proposé à des volontaires de renforcer des équipes hospitalières en Île-de- France, en service brancardage, réanimation et chambre mortuaire. Parmi ces citoyens, des réservistes, des gendarmes, d’anciens militaires et aussi des volontaires sans rapport avec l’institution militaire, des hommes et des femmes de tous âges (de dix-huit à soixante ans et plus), actifs ou retraités, étudiants universitaires ou grandes écoles, citoyens sans emploi ou travaillant dans le secteur privé ou la fonction publique, cadres ou non, issus de quartiers favorisés ou prioritaires.

Au total, une petite centaine de volontaires, mis en sécurité juridique, sanitaire et émotionnelle, puis formés sur le terrain en binôme avec les équipes soignantes, ont été projetés dans sept hôpitaux, apportant plus de 2 500 heures de renfort, de jour, de nuit, les week-ends et/ou les jours fériés. Ce renfort logistique et moral a contribué à la résilience de la Nation.

contact@resilience-citoyenne.fr